Portrait – Mgr Faustin Ngabu : 36 ans au chevet d’un diocèse meurtri, un homme qui fit fleurir l’espérance sur les cendres du Kivu
Il avait le pas mesuré des hommes de foi, le regard tranquille des bâtisseurs d’espérance. Mgr Faustin Ngabu, né en 1935, aura traversé près d’un siècle de vents contraires sans jamais plier l’échine. Prêtre en 1963, puis évêque en 1974, il fut, pendant trente-six ans, l’un des visages les plus constants et lumineux de l’Église catholique au Nord-Kivu.
Le 25 avril 1974, Paul VI le désigne évêque coadjuteur de Goma. Une nomination que beaucoup, à l’époque, saluent comme un signe de confiance du Vatican envers une jeune génération d’ecclésiastiques congolais formés dans la rigueur et la proximité avec les fidèles. Le 7 septembre de la même année, Aloys Mulindwa Mutabesha Mugoma Mweru, archevêque de Bukavu, lui impose les mains, scellant ainsi une vocation déjà habitée par la paix et le don de soi.
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Mais c’est le 27 octobre 1974, à la mort de Mgr Joseph Mikararanga Busimba, qu’il endosse pleinement la charge d’évêque de Goma. Une mission qu’il mènera avec la passion d’un prophète et la prudence d’un diplomate, dans une région où le bruit des armes tentait souvent d’étouffer la voix de l’Évangile.
Sous son épiscopat, Goma change de visage : écoles, hôpitaux, centres de formation, la Caritas Goma qu’il fonde devient une arche pour les plus démunis, un lieu où la charité ne se dit pas, mais se vit. Il prêchait souvent que « la foi sans le service n’est qu’un son creux ». Ses sermons, sobres mais vibrants, invitaient à la paix dans une terre déchirée.
Les années de guerre n’épargnent pas ce berger. En 2002, lors de la messe des Rameaux, une explosion fauche les fidèles près du collège Mwanga. Lui, blessé, continue malgré tout la procession. « Ma vie appartient à Dieu », murmura-t-il plus tard, refusant de céder à la peur. En 2007, une fusillade au quartier Himbi manque encore de le réduire au silence. Mais Faustin Ngabu avait ce don rare : celui de survivre pour témoigner.
Quand il remet sa crosse le 18 mars 2010, Benoît XVI accepte sa démission pour limite d’âge. L’évêque Théophile Kaboyi lui succède, mais l’ombre bienveillante du patriarche continue de planer sur le diocèse.
Jusqu’à sa mort ce dimanche 26 octobre 2025 à 10 h 30 à l’hôpital Charité Maternelle, à 90 ans, des suites d’une longue maladie, Mgr Ngabu demeura ce qu’il avait toujours été : un homme enraciné dans la prière, debout dans la douleur, attentif aux plus petits.
Aujourd’hui, dans les collines du Kivu, son nom se murmure encore dans les églises, comme un psaume qui refuse de s’éteindre. Car Faustin Ngabu ne fut pas seulement un évêque : il fut un phare dans la brume, un témoin du Kivu dans le tumulte, un pasteur au cœur des tempêtes.
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