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Analyse – RDC : Reprendre en main la gouvernance bancaire, quand le modèle gabonais inspire des réformes urgentes 

Le système bancaire et financier congolais, bien que stratégique pour l’économie nationale, demeure encore largement dépendant de logiques importées. La forte présence d’expatriés aux postes de direction et la faiblesse de la gouvernance interne interrogent sur la capacité du pays à assurer sa souveraineté économique et à renforcer la confiance des citoyens dans leurs institutions financières.

Alors que la République démocratique du Congo traverse des turbulences économiques, le Gabon vient d’adopter une mesure audacieuse : réserver désormais la direction des banques, établissements financiers et structures de microfinance aux seuls nationaux. Cette orientation, annoncée en Conseil des ministres le 8 septembre 2025, constitue une véritable rupture dans la gestion de son système bancaire. Elle mérite d’être analysée et, surtout, considérée comme une source d’inspiration pour la RDC.

Le choix gabonais : une souveraineté assumée

Le 8 septembre 2025, le Conseil des ministres gabonais a décidé que les banques et microfinances opérant dans le pays devront être obligatoirement dirigées par des Gabonais. Cette décision met fin à la prédominance des expatriés dans les postes stratégiques, accusés d’avoir parfois entretenu une gestion déconnectée des réalités locales.

L’objectif est clair : restaurer la confiance entre les populations et leurs banques, et réduire la dépendance à des modèles de gouvernance étrangère qui n’ont pas toujours contribué à la stabilité du secteur, notamment en matière de créances douteuses. Comme l’a affirmé un communiqué du gouvernement : « Il est temps de replacer les Gabonais au cœur des décisions financières qui engagent leur avenir. »

Toutefois, le Gabon n’a pas fermé la porte à l’expertise extérieure. Le texte prévoit des dérogations exceptionnelles, accordées par le Comité national économique et financier (CNEF), lorsqu’aucune compétence nationale n’est encore disponible pour certaines fonctions stratégiques. Ce pragmatisme évite le piège du repli total tout en affirmant la primauté nationale.

La RDC face au même dilemme

En RDC, la gouvernance bancaire souffre de problèmes similaires, voire plus profonds. Depuis les années 2000, une part importante des directions exécutives des banques commerciales est occupée par des expatriés, souvent mandatés par les maisons mères étrangères. Cette prédominance nourrit l’impression que « les centres de décision restent ailleurs, et non à Kinshasa », selon les mots d’un ancien cadre de la Banque centrale du Congo (BCC).

Le manque de contrôle étatique est également patent. L’État, pourtant garant de la stabilité monétaire et financière, semble parfois marginalisé dans la gestion stratégique des institutions. Par ailleurs, malgré une population de près de 100 millions d’habitants en 2025, le taux de bancarisation reste inférieur à 20 %. Ce chiffre, régulièrement rappelé dans les rapports de la BCC, illustre un déficit de confiance massif des citoyens envers le système bancaire.

Le constat est clair : la RDC n’a pas encore pris les mesures nécessaires pour faire de son système bancaire un levier de souveraineté et de développement. La question qui se pose est donc : le pays doit-il s’inspirer du modèle gabonais pour reconquérir sa gouvernance bancaire ?

Pourquoi s’inspirer du Gabon ?

L’expérience gabonaise présente trois avantages majeurs qui pourraient inspirer la RDC.

D’abord, elle renforce la souveraineté économique. En confiant les postes de direction aux Congolais, la RDC réduirait sa dépendance aux logiques étrangères, souvent motivées par la seule rentabilité à court terme. Cela permettrait d’ancrer les décisions stratégiques dans les priorités nationales, comme l’inclusion financière ou le soutien aux PME locales.

Ensuite, elle crée un vivier de compétences nationales. L’obligation de recruter et de former des nationaux dans des postes de gouvernance pousserait les banques à investir dans le capital humain congolais. À moyen terme, cela renforcerait les expertises locales et limiterait la fuite des talents vers l’étranger.

Enfin, elle contribue à restaurer la confiance et la transparence. 

La perception d’un système bancaire « dirigé de l’extérieur » nourrit la méfiance des citoyens. Un visage congolais à la tête des institutions financières donnerait un signal fort de patriotisme et d’ancrage local. Comme l’a résumé un économiste congolais interrogé récemment : « Tant que nos banques auront un accent étranger, le peuple congolais continuera de les regarder avec suspicion. »

Des propositions audacieuses pour la RDC

Plutôt que de reproduire mécaniquement le modèle gabonais, la RDC doit l’adapter à ses propres réalités.

Une première piste consisterait à adopter une loi de souveraineté bancaire. Inspirée de l’exemple gabonais, cette loi devrait imposer que les directions générales et financières des banques soient tenues par des Congolais. Des dérogations pourraient être accordées par la Banque centrale du Congo, sous conditions strictes et temporaires, afin de ne pas fragiliser les institutions en cas de déficit de compétences locales.

Une deuxième proposition serait de mettre en place une « École de gouvernance financière ». Pour répondre à la pénurie de cadres spécialisés, cette structure de formation, associant la BCC, les universités et les banques locales, préparerait une nouvelle génération de dirigeants bancaires congolais. « Former aujourd’hui pour diriger demain » devrait devenir un mot d’ordre national.

En troisième lieu, il serait nécessaire de renforcer les contrôles et audits indépendants. La présence nationale à la tête des banques ne suffira pas sans un dispositif rigoureux de supervision. Des mécanismes d’audit renforcés, appuyés par des organes indépendants, devraient être mis en place pour éviter les dérives et protéger les déposants.

Enfin, il faut promouvoir l’inclusion financière comme priorité nationale. L’une des missions des dirigeants congolais devrait être de développer des produits bancaires adaptés aux réalités locales : comptes accessibles, crédits agricoles, services numériques simples et peu coûteux. Le succès du mobile money en RDC montre qu’il existe une demande forte, mais encore mal encadrée et peu régulée.

Pas un choix, mais un impératif congolais

La décision du Gabon, prise le 8 septembre 2025, n’est pas un simple acte symbolique : c’est une stratégie de reconquête de sa souveraineté économique. La RDC, en tant que géant démographique et minier, ne peut se permettre de rester spectatrice.

Adopter une telle orientation, adaptée à ses spécificités, serait une avancée majeure vers un système bancaire plus inclusif, plus patriotique et plus en phase avec les besoins des Congolais. Dans un pays où l’économie reste fragile et les inégalités criantes, replacer les Congolais au cœur de la gouvernance bancaire n’est pas un luxe, mais une nécessité historique. Comme le disait Patrice Lumumba dans son discours du 30 juin 1960 : « Sans dignité ni souveraineté, il n’y a pas de véritable indépendance. »

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