Éducation en RDC : Sisyphe Peut-il Briser sa Malédiction ? L’Œil Critique de B. Ulimwengu Biregeya
La République Démocratique du Congo (RDC) fait face à un défi majeur : un système éducatif en perpétuelle réforme, mais dont les résultats peinent à répondre aux aspirations de la société. Dans une réflexion profonde, Ulimwengu Biregeya B., enseignant-chercheur, compare la situation du pays à celle de Sisyphe, condamné par les dieux à un travail inutile et sans fin. Une métaphore qui illustre l’incapacité de la RDC à briser le cycle de réformes superficielles et inefficaces, et à bâtir un système éducatif capable de transformer la société.
Un Héritage Colonial et un Chemin de Croissance Tourmenté
L’éducation en RDC a longtemps été façonnée par des influences externes, d’abord sous la colonisation belge, puis par des tentatives de « décolonisation » parfois plus symboliques qu’efficaces.
Après l’indépendance, chaque dirigeant a tenté d’imprimer sa vision : Joseph Kasa-Vubu rêvait d’un Congo stable, Patrice Lumumba d’une nation affranchie, Mobutu d’un État fort et désaliéné, Laurent-Désiré Kabila d’une autonomie financière, Joseph Kabila d’une consolidation du pouvoir, et Félix Tshisekedi d’un renouveau démocratique.
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Malgré ces ambitions, le système éducatif congolais peine à former des citoyens autonomes et créatifs, capables d’innover et de répondre aux besoins du marché du travail.
L’Éducation, Otage de la Corruption et de la Médiocratie
Ulimwengu Biregeya B. met en lumière une triste réalité : la corruption gangrène l’ensemble du système éducatif. Des pots-de-vin sont exigés pour accéder à des cours, obtenir des diplômes ou valider des examens.
Il évoque la pratique du « droit d’auteur » dans l’enseignement supérieur, où les étudiants sont obligés d’acheter des syllabus à leurs professeurs sous peine d’échouer aux examens. De plus, la politisation des nominations académiques et la tribalisation des ressources humaines alimentent un climat de médiocratie, où le mérite est souvent relégué au second plan.
La lutte contre la corruption est affichée comme une priorité gouvernementale, mais les résultats restent mitigés. Les slogans tels que « tolérance zéro » ou « le peuple d’abord » peinent à enrayer un phénomène si profondément enraciné.
Un Système Déconnecté du Monde du Travail
Un autre problème majeur réside dans la séparation entre théorie et pratique. Le système éducatif congolais privilégie une approche académique déconnectée des réalités du marché du travail.
Comme le souligne Bernardin, les étudiants passent des années à apprendre des concepts abstraits, sans réelle formation pratique.
Ainsi, à la fin de leurs études, ils se retrouvent incapables de s’intégrer professionnellement, alimentant le chômage et la précarité.
Les chiffres sont alarmants : selon l’Institut National de la Statistique, 41,7 % des jeunes Congolais âgés de 25 à 34 ans sont sans emploi, avec des taux encore plus élevés dans des provinces comme Kinshasa et le Haut-Katanga.
Des Réformes Nécessaires mais Insuffisantes
Des états généraux de l’éducation ont été organisés à plusieurs reprises pour tenter d’améliorer la situation. Toutefois, Ulimwengu B. Bernardin critique l’approche adoptée, qui privilégie des réunions nationales entre experts plutôt qu’une véritable consultation à la base, impliquant enseignants, étudiants, parents et employeurs.
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Il plaide pour une réforme qui intègre pleinement le monde professionnel dans le processus éducatif. Il suggère un partenariat renforcé entre universités et entreprises, où les étudiants bénéficieraient d’une formation théorico-pratique dès le début de leur cursus.
Vers un Nouvel Horizon ?
Malgré les défis, des signes d’amélioration existent. La lutte contre la corruption dans l’éducation commence à porter ses fruits, et certaines initiatives tentent de réorienter la formation vers des métiers plus pratiques. Cependant, sans une refonte profonde du système éducatif, la RDC risque de rester enfermée dans un cycle sans fin de réformes inachevées.
Comme Sisyphe, le pays continue de pousser son rocher éducatif vers un sommet qui semble toujours s’éloigner. Mais à la différence du héros mythologique, la RDC a encore le pouvoir de briser cette malédiction et de transformer son système éducatif en un véritable levier de développement.
LA RÉDACTION




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